Accordez-moi, Seigneur, ce vin qui est aussi nécessaire que votre précieux sang. Ce vin, sans quoi, tout ici bas est laid et maussade, ce vin qui rend la vie acceptable, et tolérables les foutus contemporains que vous m'avez données.
Léon Bloy

Ce blog se base sur les travaux de Joseph Bollery. Nous tenons à remercier tout particulièrement Emile Van Balberghe qui nous apporte très souvent de très nombreuses précisions et de très précieuses informations.

A la recherche de la brouille perdue... - Léon Bloy & Octave Uzanne

Cet article est publié simultanément sur notre blog et sur le blog octaveuzanne.com. Il est principalement la compilation des informations données par Emile Van Balberghe et Bertrand Hugonnard-Roche.
A chaque fois que nous employerons Uzanne sans mention du prénom, il s'agira d'Octave.


Quand on connaît un peu les amitiés de Léon Bloy et Octave Uzanne, il est toujours étonnant de constater que malgré le nombre d'amis en commun, peu de liens avérés existent entre eux. Nous parlons bien d'Octave et non son frère Joseph avec qui Bloy eut une correspondance assez fournie, principalement en raison du vin Mariani qu'il lui faisait souvent parvenir et sur lequel nous allons néanmoins ajouter quelques détails.

Tout d'abord, il est fortement probable que Bloy et Uzanne se soient rencontrés chez Barbey d'Aurévilly, d'autant que Le Connétable signera la préface du Bric-à-brac de l'Amour en 1879. Néanmois, nous ne connaissons, à l'heure de cet article - décembre 2017 -, qu'une seule lettre adressée de l'un à l'autre et, jusqu'à il y a peu, que deux envois :
  1. Le Désespéré (1887). Exemplaire passé en vente publique en 1957 (Vente André Bertaut, n°172).
  2. Un brelan d'excommuniés (1889) : « à Octave Uzanne / souvenir fraternel / de Caïn / Léon Bloy ». Exemplaire appartenant aujourd'hui à Eric Walbecq.
Nous avons donc maintenant un brelan d'envois, grâce à l'exemplaire qui était au catalogue de la librairie Eric Fosse (décembre 2017, n°52). Un exemplaire de Christophe Colomb devant les taureaux (1890) portant l'envoi suivant : « à Octave Uzanne / l'ami de mes ennemis / Léon Bloy ». Cet exemplaire avait été relié modestement, sans être coupé et sans les couvertures. Il est toujours non coupé mais un propriétaire a fait ajouter les couvertures.

Collection privée

Les trois envois sont donc sur des livres datés de 1887, 1889 et 1890. On ne connait, pour le moment, rien de plus. Concernant le texte des envois, Bloy dit en 1889 : souvenir fraternel de Caïn, référence au Désespéré, puis en 1890 : l'ami de mes ennemis. Uzanne, l'ami des journalistes qui n'ont rien publié sur Bloy quand lui a fait une chronique sur les deux premiers livres envoyés. 

En effet, si Bloy n'a pas écrit sur Uzanne, Uzanne a bien écrit sur Bloy. On connait ainsi quatre textes :
  1. Un texte sur Le Désespéré publié dans Le Livre du 10 mars 1887 (retranscrit sur le blog Octave Uzanne). Cette critique fut certainement mal perçue par Bloy.
  2. Un texte sur Un brelan d'excommuniés, paru dans Le Livre le 10 février 1889 (reproduit dans Bloyana n°3 qui dit par erreur 1888 alors que le livre paraît en 1889). Cette critique est nettement plus bienveillante que la précédente (et est aussi retranscrite sur le blog Octave Uzanne)
  3. Un texte, virulent, sur Le Mendiant Ingrat qui devait être publié en une de L'Echo de Paris du 13 mai 1898. Il ne le fut pas et se trouve publié dans Visions de Notre Heure (et retranscrit sur le blog Octave Uzanne)
  4. Une réponse d'Uzanne à une enquête, publié le 5 novembre 1898 dans le journal La Volonté, intitulée Le congrès des écrivains. Il y mentionne Bloy. Nous n'avons pour le moment de copie de ce texte.
Outre ces quatre textes, il y a un troisième texte dans Le Livre concernant justement Christophe Colomb devant les taureaux, publié le 10 novembre 1890. Ce texte n'est ici pas signé d'Uzanne mais de Gausseron (on le trouve retranscrit sur le blog Octave Uzanne). Et aucun autre texte de Bloy n'apparaît dans Le Livre. A titre personnel, je suis donc persuadé que ces trois envois de Léon Bloy à Uzanne sont les trois seuls existants.

Notons qu'Uzanne dit dans sa chronique de 1887 : « J'en parle ici librement, tant pour l'auteur que je connais et dont j'apprécie sincèrement la valeur ». Cette phrase revêt ici une grande importance. Uzanne et Bloy se sont connus, c'est une certitude.
Quoiqu'il en soit, nous venons de découvrir, par le troisième envoi, que Bloy lui adressa encore un ouvrage en 1890. Dans le Journal Inédit, qui commence le 27 janvier 1892, il n'est jamais fait mention d'Octave Uzanne. Il y a donc eu un évènement qui a mis fin à leurs relations entre novembre 1890 et janvier 1892, donc probablement en 1891.



Couverture du n°2 de la revue Bloyana


La revue canadienne Bloyana (7 numéros seulement) eut deux articles de Georges Rouzet. Tout d'abord Léon Bloy, les frères Uzanne et le vin Mariani (Bloyana n°2), article au titre très pompeux qui ne nous apprends rien sur Uzanne. Puis un autre article bien plus intéressant, Les frères Uzanne (Bloyana n°3), notes complémentaires de l'article précédent, qui ne donnent des informations quasiment que sur Uzanne, malheureusement sans une seule référence.

La lettre datée du 18 juillet 1885 dans laquelle Uzanne écrit à Bloy, a priori pour la vente du manuscrit d'Une Histoire sans nom est donc reproduite dans ce second article (et sur le blog Octave Uzanne), ainsi qu'une partie de la critique du Désespéré et toute la critique d'Un brelan d'excommuniés.

L'article se termine en parlant d'une lettre de Jehan-Rictus, sans autre référence (ni date, ni destinataire, ni même une citation), mentionnant qu'après la brouille avec Uzanne, Bloy et Uzanne se croisèrent place Saint-Germain-des-Près mais Bloy refusa de lui serra la main. Mais nous ne savons rien de plus.

Nous pouvons aussi citer cette phrase, que Bertrand reprend sur son blog : « Mossieu ! Je me torche le cul avec vos livres avant même d'avoir fini de chier ! ». Uzanne lui rendit la pareille avec sa chronique contre Le Mendiant Ingrat ! A moins que ce ne soit la réponse de Bloy à l'article d'Uzanne quand il fut publié en volume ?

Une autre énigme est cette carte d'Uzanne, vers 1898, dans laquelle il nous semble reconnaître Bloy. Uzanne a-t-il voulu se payer ses ennemis ?


Détail de la carte






Arveiller, dans Inédits de Léon Bloy, envois et dédicaces (IV) (in Bulletin de la Société des Etudes Bloyennes, n°12-13), nous apprends plusieurs détails importants :
  • la dédicace souvenir fraternel de Caïn n'est pas unique. Un exemplaire du Pal portait cette dédicace (nom gratté).
  • Joseph Uzanne eut le droit à une dédicace : Souvenir amical du Désespéré. Le nom est gratté, mais que Bollery pense que c'est bien Joseph Uzanne.
  • Bloy connaissait Joseph Uzanne en 1887-1888 avant de se disputer avec.
Ainsi donc, Bloy se brouille avec Joseph? Bloy s'est-il brouillé avec les deux frères en même temps ?

Illustration, avant la lettre, de la notice pour l'Album Mariani

Léon Bloy retrouve Joseph Uzanne, semble-t-il, le 28 octobre 1896. Ce dernier lui laisse 10 francs contre la promesse d'un ou plusieurs livres avec dédicace. Bloy lui en enverra 5 le 30 octobre. Et ce fut le renouveau d'une amitié entre Joseph et Bloy. Bloy donnera même en dédicace sur Celle qui pleure (1908) : « L'ami de 30 ans, toujours fidèle ». Le dernier envoi connu à Joseph est en 1911. 

Cette dédicace sur Celle qui pleure pourrait laisser penser qu'il se connaissent depuis environ 1878 et donc nous en revenons à ce que nous signalons au départ : la préface de Barbey pour Uzanne en 1879.

En conclusion, nous situons la rencontre de Bloy et Uzanne vers 1879 et la brouille en 1891. Il ne nous reste qu'à trouver les détails précis !

Bien entendu, nous sommes preneurs de toute information qui pourrait préciser cette histoire.



Léon Bloy, Robert de Montesquiou et LA lettre en latin

Les relations entre Robert de Montesquiou et Léon Bloy nous sont connues et sont très limitées. Nous ne connaissons l'envoi que d'un seul écrit de Bloy à Montesquiou et que de quelques courriers. Le texte de ces courriers est connu par les copies d'Henry Pinard, conservées à la BnF, et aussi par le Mentidant Ingrat et le Journal Inédit. Voici donc la liste avec les références :
  1. 9 juillet 1892. (Vente Robert de Montesquiou. Paris, Drouot, Maurice Escoffier expert, 23-26 avr. 1923, n° 331.1 : autographe ; Bloy, Journal inédit, I, 128 et 129-30 : projet de lettre en latin et lettre ; Bloy, Journal, I, 27 ; copie de la main du secrétaire, 331 - Bibliothèque Nationale de France - N.a.f. 15243 – f° 14.)

  2. 12 juillet 1892. (Paris, collection Jean-Louis Debauve : autographe ; Vente Robert de Montesquiou. Paris, Drouot, Maurice Escoffier expert, 23-26 avr. 1923, n° 331.2 : autographe ; Catalogue à prix marqués, n° 58. Paris, Degrange, 1955, n° 3568 : autographe ; Vente Daniel Sickles, 13e partie. Paris, Drouot, J. Vidal-Mégret et Thierry Bodin experts, 18 et 19 mars 1993, n° 5224 : autographe ; Bloy, Journal inédit, I, 136-7 : lettre en latin « sur papier sang de boeuf » ; Bloy, Journal, I, 30 ; copie de la main du secrétaire, 331 - Bibliothèque Nationale de France - N.a.f. 15243 – f° 15.).

  3. 13 juillet 1892. (Vente Robert de Montesquiou. Paris, Drouot, Maurice Escoffier expert, 23-26 avr. 1923, n° 330 : autographe ; Vente Henri Leclercq [alias J. Hachelle], 4e partie. Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, Paul Van der Perre expert, 21 févr. 1948, n° 73 : autographe ; Bloy, Journal inédit, I, 137 ; copie de la main du secrétaire, 331 - Bibliothèque Nationale de France - N.a.f. 15243 – f° 12.).

  4. 14 juillet 1892. (Vente Robert de Montesquiou. Paris, Drouot, Maurice Escoffier expert, 23-26 avr. 1923, n° 331.3 : autographe ; Vente publique. Paris, Drouot, Georges Andrieux, 7 et 8 juin 1926, n° 46 : autographe ; Bloy, Journal inédit, I, 139 et 140-2 : envoyée le 15 avec un exemplaire du Saint-Graal, sans doute celui de juin-juill. 1892 contenant Le Bon Conseil ; Bloy, Journal, I, 32-3 : à la date du 15 ; copie de la main du secrétaire, 331 - Bibliothèque Nationale de France - N.a.f. 15243 – f° 17 à 24.).
Les information indiquées ci-dessus nous sont données par le Journal Inédit et Le Mendiant ingrat, qui reproduit les textes des lettres des 4 courriers, par Ralph Brauner qui travaille sur Robert de Montesquiou ainsi que par Emile Van Balberghe dans son ouvrage « En ai-je assez écrit de ces lettres, Mon Dieu ! ». 

En résumé, ces lettres nous apprennent que Bloy a demandé une aide à Montesquiou en lui proposant d'acheter la soixantaine de lettres qu'il a reçues de Jules Barbey d'Aurévilly, en se recommandant de Verlaine, que Montesquiou a déjà aidé. Il fait la demande le 9 juillet et envoie un rappel le 12.
Montesquiou décline l'offre le 13 et Bloy lui écrit alors pour le rencontrer, rencontre qui eut lieu le 13. Montesquiou « promet de [lui] chercher promptement quelqu'un qui consente » à devenir acquéreur des lettres et Bloy lui propose ses services d'enlumineurs. Il tente alors de rencontrer Emile Zola, se déplaçant jusque chez lui à Médan mais ce dernier refuse de le recevoir.
Il rentre donc à Paris et écrit la dernière lettre, très longue, à Montesquiou pour lui proposer à nouveau ses services d'enlumineurs. Cette lettre est reçue tardivement par Montesquiou qui voyageait. La réponse, datée août 92, fut envoyé de Zurich le 18 août 1892. C'est un refus. Bloy reçut cette lettre le 22 août, dût payer 50 centimes pour l'avoir. Il note ainsi dans son journal : « C'est un affable égoïste et rien de plus. Mais grand Dieu ! Il me semble que c'est un rude compte à régler quelque jour. Cette réflexion me vient que peut-être, il est l'ami de Bourget ». 

Parmi ces lettres, nous pouvons en retenir une en particulier : la lettre du 12 juillet 1892. Cette lettre est écrite en latin. C'est même l'unique lettre écrite en latin que l'on connaît de Léon Bloy, écrite par ailleurs sur papier sang de bœuf. On connaît aussi, en latin, une dédicace de Bloy à Tailhade (qui donnera lieu à un autre article prochainement) et un écrit, sa fameuse Lettre encyclique. Il commence à préparer cette lettre dès le 9 juillet, un paragraphe se trouve déjà dans son journal à cette date et le texte complet se trouve lui au 12 juillet.



Voici donc le texte de cette lettre et sa traduction quasi-complète, qui s'appuie largement sur celle de la dédicace de Tailhade qu'Emile Van Balberghe a publié (La Dédicacite, p.181) :

Parisiis 12 julii 1892.

Inclyte & solivage Comes,

Paris, 12 juillet 1892

Célèbre & solitaire Comte

Quid est quare nil mihi respondes ? Quomodo tibi non est in optatis vehementius negotium illud eximium quod suavissime, (quanquam dolenter) ante oculos tuos proposiu ?

Pour quelle raison ne me répondez-vous pas? Comment n'est-il pas pour vous, parmi les violences souhaitées, cette affaire exceptionnelle que j'ai récemment mis sous vos yeux avec amabilité (et douleur) ?

Rescribe, quaeso, ad efflagitatum singularem quo lacessivit animam tuam humilis tortor.

Répondez, je vous prie, à la demande singulière et insistante dont l'humble bourreau harcèle votre âme.

Existimatio tua praecellens in mediâ senectute poseos, sed, potissime, nobilis urbanitas viscerum tuorum, - ut divetur, - erga fratrem tuum Paul Verlaine, philomelarum in valle lacrymabili praestantissimum caput, gratis conjectionibus locum aperiebat.

Votre expérience supérieure au milieu du grand âge de la poésie, mais surtout la noble urbanité de vos entrailles, comme on dit, à l'égard de votre frère Paul Verlaine, tête éminente des rossignols dans la vallée des larmes, ouvrait l'espace à des suppositions agréables.

Reipsâ, decet te turmas optimatum antecedentem, inire misericordiam, lenitudinem, deligentiam accuratissimam in conspectu pauperum & blanditias humanitatis expletae.

Vraiment, il convient que, prenant les devants sur les foules des aristocrates, vous engagez miséricorde, douceur, attention très soutenue pour les pauvres remarquables & pour les séductions d"une humanité replète. 

Ergo nunc, recordare, obsecro, tigrinam vocem feneratoris et pericula gemmarum de quibus admonui te instanti epistola, recentiore sabbato, in aedibus tuis viae Franklin.

Donc maintenant, je vous en prie, rappelez-vous par cette présente lettre la voix rugissante de l'usurier et les périls de gemmes desquels je vous ai prévenu samedi dernier, dans vos quartiers sacrés de la rue [Benjamin] Franklin

Dignare, Domine Comes Poëta, benigniter accipere salutionem salutatoris, - extra multitudinem salutatorum, - qui dicit tibi : Salve amplius in Salvatore gentium.

Daignez, cher Maître Comte et Poète, accepter avec bonté la salutation de celui qui salue - loin de la multitude de ceux qui saluent, - et qui te dit : Salue plus amplement dans le Sauveur des nations.

Léon Bloy.

155 Rue Blomet.
Léon Bloy

155 rue Blomet.



Cette lettre vient de se vendre, hier, 7 décembre 2017, à Saintes, lors de la dispersion de la collection de Jean-Louis Debauve (1926-2016). Elle a donc les provenance suivantes :

  • Robert de Montesquiou (vente à Drouot, 23 au 26 avril 1923, n°331.2)
  • Librairie Degrange (catalogue n°58, 1955, n°3568)
  • Daniel Sickles (13 vente, à Drouot, 18 & 19 mars 1993, n°5224)
  • Jean-Louis Debauve (vente à Saintes, 7 décembre 2017, n°157)

Le Désespéré - L'exemplaire de Max Waller

Aujourd'hui (23 novembre 2017) se vendait un très bel exemplaire du Désespéré. A titre personnel, je considère que les exemplaires les plus désirables de cet ouvrage sont ceux de proches de Bloy à l'époque de la parution. On en connaît finalement assez peu, celui de Max Waller est de ceux-ci. 

Cet exemplaire était donc en vente à Nantes (Nantes Talma enchères, Vincent Cesbron consultant) avec la description suivante : 
Bloy (Léon) Le désespéré. Paris, Nouvelle librairie A. Soirat 1887. In 12° demi toile à coins, couv., conservée, 430 pp. Exemplaire enrichi d'un double envoi de Léon Bloy à Max Waller (Titre et faux-titre) [deux faux-titre en réalité, un ajouté] « à mon frère Max Waller. Ces inutiles vociférations d'un blasphémateur contre le Saint Sacrement de la Crapule ... » et de la clef du désespéré avec corrections (1 ff., contrecollé en regard de la dédicace). L'écriture parait etre celle de Léon Bloy. Rare exemplaire

 Et la photo de la dédicace que nous reproduisons ci-dessous :

Photographie interenchères


Venons en aux intérêts de cet exemplaire :

I : La clef manuscrite :


Une clef manuscrite se trouve en début d'ouvrage. L'expert indique lui-même "L'écriture parait être celle de Léon Bloy". Je pense aussi qu'il s'agissait bien de l'écriture de Bloy.


II : Le dédicataire : 

Maurice Warlomont dit Max Waller était un jeune écrivain né à Bruxelles en 1860. Il mourut jeune, à seulement 29 ans en 1889, après avoir fondé à seulement 21 ans La Jeune Belgique, journal qui lui survivra jusqu'en 1897. 

Le plus grand fait d'armes de Waller est d'avoir découvert Les chants de Maldoror du comte de Lautréamont. C'est bien lui qui a permis à l'ouvrage de sortir des tréfonds de la littérature où il était, et même s'il est certain qu'un jour il en serait sorti, c'est en publiant des extraits dans La Libre Belgique en 1885 et en envoyant des exemplaires à ses correspondants français que le livre a acquis une première notoriété, avec que les surréalistes s'en emparent.

Ainsi, Waller envoya un exemplaire à Péladan et Léon Bloy. Et donc, la première mention de l'ouvrage dans un écrit imprimé en France est dans Le Désespéré (p.35-40 de l'édition Soirat). Bloy fera aussi un article dans La Plume en 1890, premier article en France, intitulé Le Cabanon de Prométhée.
Notons que Jules Destrée, lui aussi de La Jeune Belgique, envoie un exemplaire à Joris-Karl Huysmans.


III : Les dédicaces :

La description indiquait double envoi sur le titre et faux-titre. En réalité, il y a deux faux-titres ici, chacun avec un envoi de Bloy. Les deux envois sont très proches.
Celui photographié sur Interenchères : 
à mon frère Max Waller//ces inutiles vociférations//d'un blasphémateur//contre//le Saint Sacrement de la Crapule//Léon Bloy
Celui non photographié :
à mon ami Max Waller,//ce volume de blasphèmes//contre le Saint Sacrement//de la Crapule.//Léon Bloy

On remarquera que les deux envois sont proches. La raison précise nous est donnée par Emile Van Balberghe que nous remercions à nouveau :
Bloy ayant offert un exemplaire incomplet du livre, envoie à Waller « un autre exemplaire […] avec une dédicace qui doit être à peu près identique à celle qu’[il] avai[t] écrite sur l’exemplaire défectueux » (Léon Bloy, lettre à Max Waller, Paris le 26 janvier 1887 : Jean Warmoes, Léon Bloy et Max Waller. Avec des lettres inédites, dans Bulletin de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises, t. 58, n° 1, 1980, 86). À la demande de Bloy, Waller renvoie l’exemplaire incomplet mais en conserve le faux titre qu’il relie en tête du second exemplaire. Cf. Georges Rouzet, Léon Bloy et ses amis belges. Liège, Solédi,   « Notre carrefour », n° 5, [1946], 37.
L'exemplaire avait en effet subit une erreur au brochage, ayant les pages 75 à 108 répétées après la page 180 au lieu d'avoir les pages 180 à 217. Waller a donc renvoyé cet exemplaire en conservant le faux-titre et il fit relier le tout ensemble. Bollery mentionne cet exemplaire comme appartenant alors à un bibliophile rochelais, bruxellois par intermittences

IV : Le nombre d'envois à Waller :

Max Waller étant décédé en 1889, il est bien évident qu'on ne connait que très peu d'ouvrages de Bloy dédicacés à Waller. 2 précisément. C'est exemplaire du Désespéré et un exemplaire du Pal, passé aux enchères le 30 avril 2014 et vendu par la librairie Saulnier ensuite.

En conclusion, cet exemplaire est très beau, l'enchère a été à sa hauteur.

Les rues Léon Bloy à travers le monde

Cet article répertorie les quelques rues Léon Bloy qui existent à travers le monde.

En France :

  • Bourg-La-Reine (92340)
  • Brest (29200)
  • Cachan (94230)
  • Fontenay-aux-Roses (92260)
  • Lagny-sur-Marne (77400)
  • Macheren (57730) - impasse
  • Notre-Dame-de-Sanilhac (24660) - chemin
  • Ozoir-la-Ferrière (77330) - allée
  • Périgueux (24000)
  • Pontault-Combault (77340)
  • Quimper (29000)
  • Saint-Cyprien (66750)

Et à l'étranger :
  • Châteauguay, Québec, Canada,
  • Ituzaingo, Buenos-Aires (Argentine)
  • La Prairie (Québec, Canada)

Colloque pour le centenaire de la mort de Léon Bloy - 8 au 10 novembre 2017

Le programme du colloque, dont nous avions parlé précédemment, est maintenant officiel. Nous vous invitons à vous rendre sur la page facebook qui lui est consacrée pour tous les détails.


Le Salut par les Juifs

Le Salut par les Juifs
Paris, Librairie Adrien Demay, 1892.




Description :
Volume in-8
IIIpp, 2 feuillets, 132pp. Couverture parcheminée.

Source :
Laquerrière et Bollery, Biblio-iconographie de Léon Bloy (12)

Remarques :

Bollery se trompe en indiquant 143 pages et non 132. Il signale aussi que les exemplaires en bel état sont rares. De fait, le papier est toujours très jauni et la couverture parcheminée a presque toujours mal voir très mal vieilli.

Sujet :

Pamphlet contre l'antisémitisme de son temps, écrit en réaction à la France Juive de Drumont parue 6 ans plus tôt. Il y défend néanmoins une certaine vision de l'antijudaïsme qui aujourd'hui n'est plus comprise (1).

Manuscrits :
/

Exemplaires remarquables :

  • Georges Rémond : envoi
  • Edmond Bigand-Kaire : envoi
  • Georges Vines : envoi sur l'édition originale et envoi sur la seconde édition (avec 2 lettres autographes signées sur ce second exemplaire).
  • Octave Mirbeau : envoi
  • Jean Carriès : envoi (exemplaire présenté sur le blog)

Rééditions :
  • Paris, Victorion et Cie, 1906.
  • Paris, Georges Crès, 1924.
  • Paris, Mercure de France, 1933.
  • Paris, Mercure de France, 1946.
  • Paris, L'Harmattan, 2008.
  • Rennes, La Part Commune, 2009.
  • Paris, Kontre Kulture, 2012.
  • Paris, Salvator, 2016.


(1) à titre personnel, j'aime beaucoup la formulation utilisée par Matthieu Giroux dans un article : antijudaïsme prohébreu.

Une sympathique lettre de Léon Bloy

Aujourd'hui se terminait une enchère internet pour un livre de Léon Bloy, Exégèse des lieux communs (nouvelle série), enrichi d'un envoi et d'une lettre à un inconnu : Charles Roguet.

Passons l'envoi pour s'intéresser à la lettre, dont voici la reproduction :



La lettre est donc daté du 23 novembre 1913. Dans cette lettre, jusqu'alors inédite (1), Bloy mentionne un courrier envoyé l'an dernier, vers cette époque. Ce courrier est connu et est daté du 2 novembre 1912. 

Roguet a donc ici recontacté Bloy, notamment pour lui signaler le livre d'Emile Rochard, Jésus selon les Evangiles. 


Cet ouvrage, comme l'indique la couverture ci-dessus est un poème approuvé par l'autorité ecclésiastique et couronné par l'Académie Française, avec une préface de Jules Lemaître.

De fait, ce livre obtint le prix Broquette-Gonin (de l'Académie Française) et fut approuvé par monseigneur Léon-Adolphe Amette. Roguet ayant signalé tout cela à Bloy fait ainsi dire à Bloy la phrase suivante, qui fait tout l'intérêt de cette lettre : 

Vous me parlez d'un livre : Jésus selon les Evangiles, poème approuvé par son Eminence arriviste Mgr Amette & cette vieille putain de Lemaître.

Voilà un intéressant avis sur ces deux personnages...


Note : 
(1) A l'heure où nous écrivons ce petit article, le volume 5 du Journal Inédit n'est pas encore publié, mais gageons que cette lettre y est indiqué et que peut-être nous trouverons plus d'information sur ce Charles Roguet. Bollery, dans l'édition en 15 volumes du Mercure de France, définit Roguet comme un correspondant de Bloy, rien de plus. Le texte de la lettre de 1912 est reproduit dans Le Pèlerin de l'Absolu.
Le 16 septembre 1916, il reçoit une lettre du cousin de Roguet, Marcel Chabin, qui lui apprend en même temps la mort de Roguet en 1914. Cette lettre est reproduite dans La Porte des Humbles.