Accordez-moi, Seigneur, ce vin qui est aussi nécessaire que votre précieux sang. Ce vin, sans quoi, tout ici bas est laid et maussade, ce vin qui rend la vie acceptable, et tolérables les foutus contemporains que vous m'avez données.
Léon Bloy

Un envoi de Léon Bloy à Jean Carriès

Ce 10 août 2015 est passé aux enchères sur internet un exemplaire du Salut par les Juifs avec un envoi au sculpteur et céramiste Jean Carriès, qui eut une grande notoriété à la fin du XIXème siècle. Octave Uzanne en fit le portrait en 1897 (voir l'article du blog Octave Uzanne). Notez au passage que nous recherchons toute information sur les relations entre Léon Bloy et Octave Uzanne.



Transcription : 
à mon ami
Carriès
Ce livre d'un Ismaël catholique
« dont la main est levée contre
tous, & contre qui la main de
tous est levée ».
Léon Bloy

On sait peu de choses sur les relations entre Bloy et Carriès. Si on se réfère à La « Dédicatite », on ne connait que cet envoi à Carriès. Bloy lui a aussi dédié l'article paru dans le Gil Blas le 14 mars 1893 : Le Fossoyeur des vivants. Cet article sera repris dans Sueur de Sang la même année. 

Le Journal Inédit nous donne les indications suivantes : 
  • 18 juillet 1892 (I, 146) : « Nous voilà encore une fois sans ressources. J'imagine vers 5h d'aller chez Grasset lui demander le secours d'une idée. [...] Nous parlons de mes amis inconnus et je le prie de s'adresser pour moi à Carriès qui est en pleine prospérité et qui pourrait facilement me prêter une centaine de francs. Ce brave homme promet de faire la démarche demain matin. Il croit réussir et m'enverrait immédiatement l'argent. »
  • 19 juillet 1892 (I, 147) : « Pas de lettre de Grasset. Ce soir, il n'y a pas un centime à la maison. C'est, je crois la première fois. »
  • 20 juillet 1892 (I, 147) : « La lettre si impatiemment attendue de Grasset ne venant pas et tout manquant à la maison, je suis sorti vers 10h voir Andrieux. »
  • 21 juillet 1892 (I, 148-149) : « Télégramme de Grasset me priant de ne pas accuser Carriès qu'il n'a pu joindre encore. »
    Puis « Nouveau télégramme de Grasset m'apportant 40 fr. donnés par Carriès qui ne peut faire mieux, paraît-il. »
  • Comptes du mois de juillet 1892 (I, 157) : « 21 Carriès 40 » (jour, nom, somme due)
  • 27 octobre 1892 (I, 239) : « visite à Grasset. Je rencontre chez lui Carriès que je n'avais pas vu depuis six ou sept ans. C'est un passionné pour moi. Je lis mon article avec succès. Carriès va envoyer au Gil une demande d'abonnement motivée. »
  • 29 octobre 1892 (I, 241) : « Envoi du Salut par les Juifs à Carriès. »
  • 2 novembre 1892 (I, 245) : « Lettre de Carriès m'accusant réception du Salut. »
  • 5 décembre 1904 (III, 563) : « Lu dans le Journal un article de cet imbécile d'Hanotaux sur Carriès. Il parle naturellement de la céramique déclarant que Carriès a été le dernier, sans rémission.
    Très bizarrement l'article finit par le nom de Brou, lequel est autant céramiste que statuaire, l'idiot parlant occasionnellement de la célèbre chapelle de ce nom dans l'Eure-et-Loir. C'est étonnant comme la sottise appelle quelquefois l'éclair. »
Références :
  • La « Dédicatite », inventaire provisoire des envois et dédicaces de Léon Bloy. Mons, Université de Mons, 2014 (ouvrage mis en vente en septembre 2015).
  • Léon Bloy, Journal Inédit. Tomes I et III. Paris, L'Age d'Homme, 1996-2007.
  • Laquerrièe & Bollery, Biblio-iconographie de Léon Bloy. Paris, La Connaissance, 1935. 

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